Bonjour !
Je vous écris ces lignes du fond de mon lit ! J’ai terminé hier les 100 km du Trail Walker Oxfam dont je vous parle depuis plusieurs mois et je marche comme une vielle mamie boiteuse. J’ai l’impression de revenir du front.
Tout d’abord, je tiens à remercier l’Oxfam de m’avoir donné la possibilité de participer à cette épreuve hors du commun.
Merci aux membres de ma team : JC, Julie et Benoit de s’être lancés à mes côtés dans cette aventure.
Merci aux équipes de NewFeel (Decathlon ! Erik et Delphine 😉 ) pour les conseils tellement utiles !
Merci aux bénévoles qui étaient gentils, bienveillants et souriants même à 4h du matin !
Je vais rédiger cet article en différentes parties : mon matériel avant le départ, le récit de la course par étape, mes conseils. De cette manière, chacun peut aller directement au passage qui l’intéresse !
Mon matériel avant les courses.
- Un sac d’ultra trail Kalenji 15 litres. Dedans il y a :
- 2 litres d’eau
- Réserve alimentaire : barres banane chocolat, Babibel, compotes, Tucs
- Une lampe frontale Petzl Tikkina
- Gilet de sécurité
- Kit de secours (pansements, désinfectant, compeed, médicaments)
- Couverture de survie
- Cape anti-pluie
- Baume à lèvres
- Mouchoirs
- 4 paires de chaussettes propres
- Crème anti-frottements pour les pieds (Alvadiem, anciennement Apivita. Super efficace)
Je porte :
- Chaussures : j’avais une paire de running Saucony Triumph Iso et une paire de New Balance de trail
- Cache cou
- Brassière confortable
- Chaussettes Decathlon anti-frottements
- Un t-shirt manches courtes de running pour la nuit
- Un maillot manches longues
- Un coupe-vent Kalenji
- Legging Noir x 2
- La nuit je rajoute :
- Une petite doudoune Uniqlo
- Une polaire
- Des gants
- Un bonnet
Récit de la course
KM 0 à 24,5
La météo prévoyait de la pluie tout le week-end et nous partons sous le soleil ! Quelle chance !
Il y a une super ambiance sur la ligne de départ. Nous oublions notre GPS mais nous nous en rendons compte très vite. Marche arrière. On récupère le GPS. On repart, on se perd au bout de 500 mètres. On appelle le numéro d’urgence qui nous guide et cette fois-ci, c’est la bonne ! En avant Guigamp !
Les paysages sont magnifiques ! On m’avait dit que le Morvan était une superbe région. En effet, nous en prenons plein les yeux ! C’est splendide.
Le parcours est fait de montées et de descentes. (2300 m de dénivelé +)
Nous avançons vite : 6km/h, c’était notre objectif.
Dès le 5ème kilomètre, j’ai mal aux pieds : j’ai pris le départ avec une tendinite de l’aponévrose plantaire et une double épine calcanéenne. Il faut faire avec. Pour le moment, je n’y pense pas. Je suis trop heureuse d’être là.
Nous arrivons au premier poste de contrôle. Les postes de ravitaillement proposent des fruits, du pain d’épice, des amandes, du pain, du fromage, des soupes, des boissons chaudes. Ils proposent même un sandwich végétarien pour le déjeuner !
KM 24,5 au 47,4
La team se sépare. JC et moi marchons vite. Julie et Benoit sont loin derrière. Julie souffre de maux de ventre et de cloques ensanglantées. Nous nous retrouvons sur les points de contrôle.
Je souffre aussi des pieds. Ma voute plantaire brûle terriblement. Le terrain est difficile : des côtes raides puis des descentes accidentées : boue et pierres. Du kilomètre 43 au kilomètre 47, on attaque 4 kilomètres de montée avec 500 mètres de dénivelé positif. Je commence à souffrir et je suis heureuse d’arriver au point de contrôle de milieu de parcours.
On mange des pâtes au pesto et une part de tarte aux fruits. Tout le monde à des cloques maintenant. Moi je suis celle qui en a le moins. Je me tartine les pieds de crèmes anti-frottements à chaque point de contrôle (PC) et j’ai raison de le faire ! On s’équipe pour la nuit : polaire, doudoune, gilet de sécurité et lampe frontale.
Il faut repartir.
KM 47,4 au 70,6
L’épreuve commence vraiment. On rentre dans le dur. La nuit tombe progressivement et rapidement nous marchons à la frontale. Le terrain est tellement difficile. Il faut traverser des rivières en marchant sur un tronc d’arbre ou un poteau électrique, franchir des mètres de boue profonde (JC perd sa chaussure dans la boue !). Les descentes de pierres glissent. Les côtes sont raides. On ne voit rien. On réalise que 9 heures d’épreuve dans le noir nous attendent. Tout le monde est bien abimé. La fatigue se fait sentir et les corps sont douloureux.
Au kilomètre 70, Benoit et Julie nous annoncent qu’ils arrêtent là. Trop d’épuisement pour eux. Pourtant, Benoit est un marathonien chevronné, mais ce trail représente un effort très différent. Il est à bout de force. Nous devons nous greffer à une autre équipe pour reprendre la route.
KM 70,6 au 81,8
Nous faisons ces 11 kilomètres de route avec de nouveaux partenaires, dans le silence. Tout le monde souffre. Personne ne parle. Il y encore de belles côtes mais le terrain est plus facile (routes de campagne)
Lorsque j’arrive au PC du KM 81, j’ai le malheur de sortir mes pieds des baskets pour les masser. Grave erreur. Je m’effondre en larmes. La douleur est trop vive. J’ai l’impression que chaque os de mes pieds est brisé. Je ne sais pas comment je trouve la force de reprendre la route. Je sers les dents.
KM 81,8 au KM 100
Je ne trouve pas les mots pour décrire ces kilomètres de l’enfer. Chaque minute semble durer une heure. Chaque kilomètre en parait 20. Le jour s’est levé, cela nous redonne un peu de courage…
JC s’est fait deux entorses. Une infirmière lui pose deux straps au KM 88 pour qu’il puisse terminer la course. Il est très courageux. Nous nous soutenons dans l’effort.
Nous marchons très difficilement. Chaque pas est une torture. Nous avançons depuis plus de 24h. Ces dernières heures ne sont que souffrance. Chaque pas me donne envie d’abandonner. Je suis à bout. Comment est-ce possible de supporter un tel niveau de douleur ? Je pleure beaucoup. Je crois que j’ai pleuré sans cesse pendant les deux dernières heures.
Je souffre de déshydratation. Je n’arrive plus à boire ni à manger depuis 6h du matin. J’ai la nausée et des maux de ventre. Je dois courir derrière un buisson toutes les demi-heures…
J’ai envie de m’assoir sur le bord de la route et de baisser les bras. Mon frère m’écrit pour m’encourager sur les derniers kilomètres. Il est avec moi et me détaille en temps réel le parcours et ce qu’il me reste à faire. Il me dit que nous sommes dans les premiers, que 3/4 des équipes sont derrières nous. Ma mère me suit également à la trace avec le GPS et me soutient. Ils me donnent tellement de courage ! Je parcours les deux derniers kilomètres en côte (très raide) pour rejoindre le sommet d’Avallon. JC et moi franchissons la ligne d’arrivée ensemble, après 26h et 52 minutes.
(On termine 53ème sur 300 équipes, c’est pas mal pour une première ! ^^)
Je m’évanouis avant même de récupérer la médaille. Ce doit être le relâchement. J’ai tellement pris sur moi.
Cécile Duflot, directrice générale de l’Oxfam, vient gentiment me réconforter et me remettre ma médaille.
J’en suis tellement fière de cette médaille. Je fonds en larmes à nouveau !
Mes conseils / Erreurs à ne pas commettre
Je donne ces conseils pour celles et ceux qui voudraient tenter l’aventure. Et d’après vos messages sur Instagram, vous êtes nombreux !
1- Trouver des partenaires d’équipe qui marchent à la même vitesse que vous.
Nous avions décidé de marcher à 6 km/h. Nous nous étions mis d’accord sur ce rythme soutenu en sachant qu’on ralentirait au fil de l’épreuve (pour finir autour des 4,5 km/h). JC et moi avons tenu le rythme mais pas Julie et Benoit. Assurez-vous que tout le monde dans votre équipe est d’accord avant la course sur la cadence à tenir, sans quoi il y aura beaucoup de frustration puisque vous serez obligés de vous attendre à chaque PC pour avoir le droit de reprendre la route.
2- L’importance des chaussures
Comme je vous l’ai dit, je souffre de tendinites de la voute plantaire. J’ai choisi de porter les baskets de running les plus confortables que j’avais. Erreur. Mes chevilles n’était pas du tout soutenues et mes pieds ont pris l’eau au premier ruisseau. Si c’était à refaire, je porterai des chaussures de trek pour le maintien et pour pouvoir marcher dans la boue et l’eau !
3- L’importance des bâtons de marche
J’ai acheté des bâtons, je les ai apportés à Avallon… Et finalement, je ne les ai pas pris ! Mais pourquoi !! Quelle idée ! Sur le coup, je m’étais dit « De toute façon, je ne sais pas marcher avec ! » Erreur (bis !) Les bâtons auraient été d’une aide précieuse pour franchir les ruisseaux, les kilomètres de boue et gravir les côtes. Et servir de soutien en fin de parcours quand les pieds font vraiment trop mal.
4- L’importance des supporters
Les supporters sont normalement obligatoires. Etant partenaire du trail, et ne trouvant pas de supporters, j’ai été autorisée à prendre le départ sans équipe de soutien. Erreur ! (Oui encore !)
Les supporters sont une aide TELLEMENT précieuse. Ils portent mal leur nom. Ce sont plutôt des sauveurs. Ils attendent leur équipe de marcheurs à chaque PC pour leur préparer des bassines d’eau froide, leur masser les pieds, leur fournir des ravitaillements, des vêtements propres, remplir leurs poches à eau et tout gérer pour eux. Nous, nous n’avions rien de tout ça. Nous avons fait la course en solitaire, à la dure. En observant d’autres équipes aux différents PC, nous nous sentions parfois très seuls (surtout en deuxième partie de parcours). Ce n’était tout simplement pas la même course que pour ceux armés d’une solide équipe de supporters. Je vous conseille d’ y accorder beaucoup d’importance. Ils font un travail fantastique et tellement utile.
5- La gestion de la pause du ravitaillement
L’Oxfam propose à mi-parcours des douches et un service de massage. Nous n’en avons pas profité mais nous aurions dû. Cela nous aurait permis de repartir plus frais pour affronter la nuit.
6- L’importance de la préparation
Celle-ci doit inclure la synchronisation sur les objectifs de l’équipe. Tout le monde doit avoir le même but (finir quoiqu’il arrive, arriver en X heures, marcher à telle vitesse etc..) et orienter sa préparation dans ce sens.
L’Oxfam propose un plan d’entraînement que j’ai suivi et qui est très bien fait. Sur les conseils d’Erik, Race Walker et Retail Supplier chez Newfeel (la marque de marche de Decathlon !), je cours en côte, je fais un peu de fractionné, je marche beaucoup chaque semaine (70 à 100 km cumulés).
Pensez à tester une marche de nuit en forêt (sans éclairage urbain), à la frontale. C’est très important. L’exercice est complètement différent, surtout sur terrain accidenté. Tout est plus difficile.
7- L’importance de la gestion de l’alimentation et le l’hydratation pendant l’effort
J’ai également suivi les conseils parfaits d’Erik pour me ravitailler : boire une fois par kilomètre, manger tous les 3 km, en alternant sucré et salé, c’est très important pour faire fonctionner la machine sur de longues distances. Il faut éviter de trop manger d’un coup. Préférez les petites bouchées ! Et pensez à bien tester vos réserves alimentaires pendant la préparation pour être certain de tout digérer !
Cet article (très long) touche à sa fin. J’espère qu’il apportera des informations à ceux qui souhaitent s’inscrire sur de tels évènements et qu’il donnera envie de tenter l’aventure aux autres ! C’est une épreuve difficile mais tellement gratifiante ! Pour tout vous dire, je pense déjà à reprendre la route du Trail Walker !
Article co-écrit avec JC, super partenaire du Trail Walker Oxfam !