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Mon premier marathon: Compte-rendu

Il y a moins de trois ans, je ne courais pas plus de 30 secondes… Et encore c’était pour chopper un métro.

Quelle personne normalement constituée aurait envie de courir de son plein gré 42 km? Visiblement on était 57 000 dimanche dernier…

Je ne vais pas revenir sur le déclic qui m’a poussé à me lancer sur ce marathon, ni sur les entraînements. Toutes les informations se trouvent dans ces articles: 1, 2 et 3 😉
 
Les jours qui précèdent le marathon, je suis extrêmement stressée. Renversée par un velib 5 jours avant la course, j’ai une entorse à la cheville et mon genou me fait souffrir. 
Je m’applique à prendre soin de moi pour mettre toutes les chances de mon côté : jets d’eau glacés sur les jambes, massages au baume du tigre plusieurs fois par jour, je bois également beaucoup d’eau.
Dès le jeudi j’intègre des féculents à chaque repas: pâtes, riz complet ou quinoa.
La veille de la course, je mange un plat de penne au pesto. Le matin de la course je me lève à 6h30 : coquillettes. Je peux te dire qu’après un marathon, tu ne peux plus voir un spaghetti en peinture…
 
Je dois être sur place à 9h30 : je m’habille tranquillement, j’ai méticuleusement préparé mes affaires la veille.
 
Mon barbu m’accompagne sur l’avenue des Champs Elysées et garde dans son sac mes affaires et ravitos : pas de passage aux consignes pour moi.
 
Je rejoins mon sas de départ sous un soleil magnifique: c’est euphorisant d’être là, enfin! Je vérifie que tout est en place: camelbak, écouteurs.
 
A 10h20, le départ est donné ! 
 
KM1: « Je suis le roi du mooonde! ». J’ai du mal à décrire la sensation incroyable que j’ai eu sur ce premier kilomètre. Je suis portée par la joie de participer à un évènement unique et extraordinaire, au coeur de cette magnifique ville qu’est Paris, sous le soleil. Je lance ma musique à fond dans les oreilles « I’m unstoppaaaaaable, I’am a Porsche with no brakes, I’m invincible, Yeeeeeah, I win every single gaaaaame »
 
KM 2-5: Je ne vois pas les kilomètres passer. Je cherche mon allure car je suis à 6’05 alors que j’avais prévu de courir à 6’40. Je me laisse un peu trop emporter par ma playlist spéciale marathon et par l’euphorie ambiante! Nous arrivons à Bastille. J’attrape une bouteille d’eau au ravitaillement. Sur le Faubourg Saint-Antoine, je vois mon barbu qui attend pour me prendre en photo. Lui ne me voit pas. Je ne m’arrête pas, il est trop tôt pour faire une pause.
 
KM 5-10: Nous traversons le douzième arrondissement pour rejoindre l’entrée du Bois de Vincennes. Je prends mon premier ravitaillement: un morceau de pâte de fruits et je bois un peu: dans mon camelbak j’ai mélangé 1/4 de jus de raisin, 3/4 d’eau et une pincée de sel.
Je suis sereine: j’écoute ma musique, j’observe les autres coureurs. Tout au long du parcours, je croise de nombreux coureurs déguisés: couple de mariés, homme Tour Eiffel, princesse japonaise! C’est joyeux et festif.
J’envie beaucoup les filles qui sont en short. Je commence à avoir chaud! Il sera bientôt midi et il fait 20 degrés. Nous avons tous fait notre préparation avec des températures d’hiver… Les organismes ne sont pas habitués..
 
KM 10-15: C’est tôt mais c’est déjà le début de la galère pour moi. Au douzième kilomètre, mes poumons commencent à siffler: crise d’asthme. Je suis dégoutée, je n’en fais plus depuis des mois… Ça doit être dû à la chaleur j’imagine… Je me force à continuer mais dans ma tête je panique: il me reste 30 km… TRENTE BORNES! Je trottine, je m’étouffe… Au kilomètre 15 je cède et je marche…
 
KM 15-20: J’essaie de respirer: j’ai ma ventoline, je la sors de mon Camelbak, j’en prends, je marche encore un peu. Je me remets à courir, ça va un peu mieux même si ma respiration est difficile. Je cours beaucoup moins vite, je descends à 6’45.
Je pense à ma Mamounette chérie qui m’attend au km 20. Ça me motive: quoi de mieux que le réconfort d’une maman?! Je me concentre sur mon souffle et je ne m’arrête plus jusqu’à ce que je la vois
 
KM 20-25 : Vingtième kilomètre. Elle est là! Elle m’apporte de l’eau et des barres amandes-bananes que je lui avais données quelques jours plus tôt. Je bois, je reprends de la ventoline. J’ai le souffle court mais je suis reboostée de l’avoir vu. Je me rappelle lui avoir dit « je ne sais pas si je vais pouvoir finir« . Elle dédramatise la situation en deux secondes « Et alors? Tu fais ce que tu peux! »
Je repars le coeur plus léger et passe symboliquement sous l’arche du semi-marathon. Ça y est. Les choses sérieuses commencent. 
Je trottine jusqu’à Bastille, je respire à nouveau super mal. C’est pénible. Je suis dépitée, je pensais que j’allais galérer à cause de mon entorse ou de ma TFL. Non, les jambes sont nickelles. Zéro douleur. Ce sont mes poumons qui ne me suivent pas. J’ai envie de pleurer. J’appelle mon barbu pour me calmer. Il me dit que si je dois marcher par moment, je marche, ce n’est pas grave, l’essentiel est d’avancer, de finir quoiqu’il arrive. Il a raison. Je repars en trottinant. Je sais qu’au km 24 mon pote Benoit m’attend. Il est déjà marathonien et va m’aider sur la deuxième partie de la course.
Je le retrouve vers Sully-Morllant. Ça m’apaise beaucoup de savoir que je ne suis plus toute seule. Note pour moi-même: ne plus jamais me lancer dans un marathon en solo!
 
KM 25-30: Pour moi ces kilomètres sont les pires! Je mets 50 minutes à les faire. J’alterne marche et course. Je commence à fatiguer et je respire mal. Je marche un peu pour récupérer. Benoit me vanne « Bon, tu comptes nous faire 42 km de rando? » « Si on accélère un tout petit peu on a des chances d’arriver avant la tombée de la nuit ». Ça me remet un coup de pied aux fesses à chaque fois. On repart en courant.
Au kilomètre 27 on retrouve mon barbu qui me donne de l’eau. Je ne prends pas ses ravitos, je me rends compte que je n’ai même pas mangé ceux qui sont dans mon sac. On repart en trottinant. On alterne course et marche jusqu’au kilomètre 29.
Par moment je peste « Plus jamais. Plus jamais je ne ferai un marathon, je ne vais pas y arriver« . Je suis prise par cette envie de tout foutre en l’air. Je me dis « Je ne vois pas pourquoi je m’impose un truc pareil« . Au final, c’est mental. Voilà, on y est. Mais il faut vivre avec la réalité de l’abandon. Pour moi c’est hors de question: l’abandon n’est pas une option. Je m’imagine me lever le lendemain sans la médaille. No way. Je continue d’avancer, je marche, je rampe s’il le faut, mais j’avance. 
Je commence à être vraiment mal. J’ai la nausée, Paris tourne autour du moi… Insolation. J’ai de bons coups de soleil sur le visage.  Benoit me dit de marcher jusqu’à ce qu’il trouve de l’eau. J’ai l’impression de ne pas vraiment être là. Je suis épuisée.

Au ravitaillement du 30, on prend 3 bouteilles: je m’en verse une directement sur la tête. Je reprends mes esprits, ça fait un bien fou! Je mange également deux abricots secs.

KM 30-35: Nous arrivons vers Boulogne. Benoit prend mon CamelBak et plusieurs bouteilles d’eau avec lui. Ca me soulage beaucoup. Le ciel est voilé, il fait plus frais. Je me sens mieux et curieusement je cours un peu plus vite! Tous les deux kilomètres je me verse de l’eau sur la tête. J’ai l’impression d’avoir passé les dix derniers kilomètres à me prendre des douches de Vittel!

KM 35-40: Je suis partagée entre deux émotions: d’un côté je me dis que j’arrive à la fin du parcours, je serai bientôt marathonienne et ça me porte ! De l’autre, ces kilomètres me paraissent tellement longs! Benoit me vanne en me disant que non, ils font toujours mille mètres chacun… Et bien, on ne dirait pas!

Pour passer le temps on observe les coureurs. Certaines runneuses sont très fraîches même après 42 kilomètres: maquillées, teints rosés et franges qui volent au vent!
Moi, je colle, je suis imbibée de Vittel mais gérer l’effort, c’est aussi gérer la déconfiture. Je ne ressemble plus à rien, je vais au bout de moi-même mais j’avance. Je continue de courir. Mon objectif: poser un pied devant l’autre, quoiqu’il arrive.

KM 40-42: Plus que deux kilomètres. C’est dingue. Benoit me laisse un peu avant le km 41. Il me dit « Tu cours jusqu’au bout Paupau hein!! » Oui oui! Je passe le km 41 et on commence à entendre le bruit de la foule sur la ligne d’arrivée. 

L’émotion monte. Je me dis que je vais vraiment le faire. C’est complètement dingue. Un monsieur américain dit à sa femme « You’re almost at the finish line!« . Elle s’effondre en larmes. Et moi j’ai les yeux qui picotent. Quand il lui dit ça, je réalise que moi aussi je suis almost at the finish line!! C’est fou!! Complètement fou!
Ne pas pleurer. Continuer de courir. Ne pas pleurer. Allez, allez, tu y es presque. KM 42. Je passe le rond-point de la porte Dauphine et je m’engage sur ces 195 derniers mètres. Je vois mon barbu me prendre en photo. Je lui fais coucou, je suis galvanisée par la perspective de la ligne d’arrivée
Je la franchis. Ça y est. 5h42. Marathonienne.

 

 
Je marche doucement, je récupère mon T-shirt. Une dame me passe la médaille autour du cou. Et là je m’effondre en larmes. Un flot de larmes que je ne peux pas retenir. Deux monsieurs de l’organisation viennent me voir « Ben alors! Faut pas pleurer mademoiselle! ». Je sanglote « Mais ! c’est ! des ! larmes ! de ! joie ! » Ils me répondent en m’imitant « Ben ! On ! Sait ! Bien ! »
Impossible de m’arrêter de pleurer. J’essaie vraiment mais le flot de larmes coule tout seul. 
Tous ces efforts pendant des semaines et des mois: des entraînements éprouvants tôt le matin ou tard le soir après le travail, avoir une meilleure hygiène de vie, plus d’alcool donc moins de sortie, pas de chocolats de Pâques, continuer à courir malgré les blessures et la fatigue, le froid, la pluie, transpirer, tester, pester, s’enquiller plus de 300km de prépa et pour finir courir ces 42 km éreintants… 
Puis sourire et être envahi de joie. Je regarde les gens autour de moi. Il y a une émotion incroyable sur la ligne d’arrivée. Des larmes, de la fierté, un sentiment d’accomplissement de soi. Je suis fière de moi. Je regarde mon T-shirt « Finisher » vert fluo pas jojo mais je me dis que c’est le plus beau du monde!
 
Voilà. Marathonienne quoi !!! Est-ce que je le referai? Oui, oui, oui!!! Juste pour cette émotion surréaliste lorsque j’ai franchi la ligne d’arrivée! Je rêve de New-York. Mythique.
 
Je vous remercie encore vos centaines de messages d’encouragements et de félicitations ici et sur mes réseaux sociaux! D’ailleurs, le marathon, ça vous tente?!
Crédit photo: Mark Obustrot
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