Le Raid des Alizés (compte-rendu)

La page blanche…

La petite barre qui clignote…

Trouver les bons mots pour les coucher sur le papier… Et raconter cette belle aventure. Le Raid des Alizés.

Je suis devant mon ordi avec des débuts de phrases plein la tête. Comment je peux leur raconter ça, pour qu’ils comprennent à quel point ça m’a marqué ? Écrire que c’était fou ? Écrire que c’était fort ? Dire, encore une fois, que je repartirais bien un peu là-bas ?

Commencer par le début. Poser les mots dans l’ordre.

Mardi 26 novembre –

9 heures de vol. Beaucoup d’excitation. Autant d’appréhension. Moi et mes deux coéquipières, Mathilde et Caroline (Les #Spridekip), partons pour un raid de 4 jours en Martinique. Au programme : des épreuves sportives intenses et exigeantes et des nuits en bivouac. 

Nous atterrissons à 17h. Le soleil est parti se coucher. La fatigue du voyage est déjà bien présente. 1h30 de bus et nous voilà arrivées sur le domaine Depaz, sur les hauteurs de Saint-Pierre. Notre nouvelle maison. 

Une tente pour trois. Des douches froides collectives dans un grand contener. Des toilettes en plastique bien rangés, côte à côte, au fond du jardin. L’inconfort total. Le décor est planté. 

Premier debrief. Demain, nous attaquons le Raid par l’épreuve du Canoe-Kayak. Celle que je redoute le plus…

Allez, au lit. J’ai la boule au ventre. Mais qu’est-ce que je fous là bordel. Vivement la semaine prochaine. J’ai déjà hâte de rentrer.

Mercredi 27 novembre

J’ai dormi trois heures. Comme j’ai pu. Il faisait une chaleur étouffante sous la tente. Et il y avait des drôles de bruits autour de nous. 

Le jour se lève. Wahou. J’en prends plein les yeux. Le domaine est splendide. Pelouse verte, palmiers bien rangés. Le lever du soleil nous inonde d’une lumière dorée.

Steve nous réveille en musique. Je ne vous ai pas encore parlé de Steve. C’est le gentil copain des Alizés qui est là pour nous motiver, nous faire rire, nous ambiancer, nous accueillir sur toutes les lignes d’arrivées. 

Un petit-dej et c’est parti pour un run d’une demie-heure pour rejoindre la côte.

Nos kayaks nous attendent sur la plage. Caro se met devant, c’est la plus légère. Mathilde se met derrière. C’est la plus musclée ! Me voilà au milieu. On se lance. On peine à trouver notre rythme. Les bras se tétanisent rapidement. Mathilde n’en peut plus. Je prends sa place. Le pagayeur à l’arrière est celui qui donne l’impulsion et dirige l’embarquement. Mes épaules sont en feu. J’ai une cloque horrible sur le pouce (nous avons toutes la même). On continue. On a chaud, on  a soif, mais on y va. 6 km c’est long ! Pause déj’ sur la plage puis on repart. 

Le retour est tout aussi dur. Je me prends un retour de pagaie et je sens une vive douleur dans le poignet. Mais je ne peux pas m’arrêter. On a encore une bonne heure d’efforts devant nous. Alors en silence, je pleure de douleur, mais je continue de pagayer. Les filles me disent d’arrêter, mais je ne veux pas les laisser endurer ça toutes seules. 12km de canoë plus tard, nous posons enfin le pied à terre.

Arrivée à la tente des médecins, le verdict tombe : entorse en poignet. L’aventure commence bien.

Ensuite, c’est la routine du soir : trouver ses affaires dans son sac, dans le noir,  à la lumière de la  frontale, faire la queue pour prendre une douche, écouter Steve faire son show avant le brief. Ecouter le brief avec appréhension. Se dire «  y a plus qu’à… »

Jeudi 28 novembre 

4h du matin. Le réveil sonne. Ha non pardon, c’est Steve qui nous lance « Encore un matin » de Goldman. Haha. parfait. On sourit toutes. 

On se lance sur deux épreuves aujourd’hui : VTT le matin et course d’orientation l’après-midi. La question à un million de dollars : faire du VTT avec une entorse au poignet, est-ce bien raisonnable ? Je dois manquer de lucidité et je me dis que oui, ça va le faire. Grosse erreur. Je le comprendrai plus tard.

Après 30 minutes de bus, on nous dépose sur la ligne de départ de la course. Test des VTT, réglages de dernières minutes et c’est parti. Il est tôt et pourtant le soleil nous brûle déjà la peau. Rapidement, je suis distancée par mes deux coéquipières. En montée, je ne peux pas tirer sur mon poignet pour m’aider et en descente… et bien je ne peux pas m’appuyer dessus ! Je suis très lente, je stresse de me faire encore plus mal. Il y a beaucoup de dénivelé. J’ai le cardio rapidement en rade. On pédale dans la boue, ça monte, ça descend, on traverse des rivières en portant le vélo. Je souffre beaucoup. Je souffre tellement que je leur annonce au premier ravito que l’épreuve s’arrête là pour moi.  7 km sur 21 et c’est l’abandon. Ça me fait mal de leur dire. Elles filent. L’étape continuent pour elles. De mon côté, je peine à contenir mes larmes. Je n’ai jamais abandonné sur une épreuve sportive, aussi dure soit-elle. J’ai beaucoup de mal à accepter cette décision.

Je retrouve les filles sur la ligne d’arrivée. Caroline a fait une chute. Son coude a triplé de volume. Mathilde est ok mais elle semble épuisée par l’épreuve. 

Une pause déjeuner est la bienvenue pour nous remettre de nos émotions.

Cet après midi, c’est la course d’orientation. Nous avons une carte et ma boussole pour trouver 10 balises dans la ville de Sainte-Marie. Chacune son rôle, moi je suis « time keeper ». Je veille à ce qu’on ne dépasse pas les délais. Mathilde tient la carte et nous guide. Caro court super vite, elle prend de l’avance pour biper les balises. Un beau travail d’équipe. Nous passons la ligne d’arrivée en 40 minutes et en prenant beaucoup de plaisir sur cette épreuve.

Pour la petite histoire, ce soir-là sur le bivouac, j’ai rencontré une formidable kiné martiniquaise, sans doute un peu magicienne, qui a travaillé sur mon poignet et mon coude pendant plus d’une demie-heure et à fait disparaitre toute trace de douleur !

Vendredi 29 novembre

Dernier réveil sur le domaine Delpaz, ce soir nous déménageons le bivouac. Aujourd’hui, on s’élance sur une épreuve particulière et traditionnellement la plus difficile du Raid : l’ascension de la montagne Pelée. Je pars super confiante, c’est l’épreuve que j’attends avec le plus d’impatience. Le trail, c’est comme le running non ? Ça devrait le faire…

Le départ est donné dans une côte bien sentie. On sort les bâtons de marche et c’est parti. Ça grimpe beaucoup, tout le temps. Pas de terrain plat. Il fait chaud, on transpire vite, mais ce n’est que le début. On a le moral et on enchaine les blagues avec les copines. Nous arrivons au premier refuge déjà bien entamées mais contentes de nous et là j’entends « ha mais cette partie là était facile, c’était l’échauffement »… ok..ok…

On repart. On attaque la montagne Pelée. La barrière horaire nous impose de repasser par le refuge en moins de 4h30 sinon c’est la fin. On met de l’énergie et on y va. Ça commence par un escalier très long. Sans fin. Je suis vite essoufflée, Mathilde aussi. Caro elle, tient un super rythme et nous tire. Quand on prend le temps de se retourner, la vue est magnifique. Mais il faut continuer d’avancer alors on se concentre. Le terrain est de plus en plus technique. La brume descend sur la montagne et nous coupe la vue. Les marches sont de plus en plus hautes. Il faut se tracter avec les bras pour les passer. On fait de l’escalade plus que du trail. Ça glisse. Le sol est très accidenté. L’ascension me parait si longue… Le sommet semble proche et se dérobe sans cesse dans les nuages…

Je vois tout noir. Je m’assois. Des Alizés me verse de l’eau sur la tête et me donne du sucre pour que je retrouve mes esprits. L’une d’entre elles (je ne la connais pas) me propose de porter mes bâtons. C’est ça l’esprit du Raid. De la bienveillance entre inconnues. Ensemble jusqu’au bout.

On continue l’ascension. La pente est raide et humide. Nous mettrons 2h30 pour rejoindre le sommet. Je suis épuisée, mais en haut il fait plus frais et le cardio se calme un peu. 

C’est incroyable, nous sommes dans le cratère du volcan de la Montagne Pelée ! La végétation est splendide.

On attaque la descente. Je pense que ça va être plus facile mais je me trompe. Le terrain est tout aussi accidenté de l’autre côté. Les roches sont très hautes et nous sommes obligées parfois de nous mettre sur les fesses pour descendre sans nous blesser. On peste beaucoup. On râle. On en a marre. On a les cuisses qui tirent. On est courbaturées. Va-t-on rejoindre le refuge à temps pour continuer l’épreuve ?

J’entends des voix. Est-ce qu’on arriverait enfin ? Oui nous y sommes, mais trop tard. 5h20. L’étape s’arrête là pour nous trois. Sans regret. J’ai laissé toute mon énergie dans le cratère du volcan et je n’ai pas l’impression que j’aurais pu mieux faire…

Samedi 30 décembre

Réveil sur notre nouveau bivouac, un camping au bord de la plage. Il y a un parfum de vacances. Pourtant, nous en sommes loin. La dernière épreuve nous attends et non des moindres  : VTT puis coastering puis canoë-kayak puis run sur la plage. Un dernier challenge sportive exigeant qui promet d’être intense. 

On s’élance sur l’épreuve de VTT. Caroline nous motive à chaque instant. Elle dépense une énergie folle à nous driver « Change de plateau, baisse la vitesse, prends de l’élan, freine. » Je suis à la lettre ces recommandations et on remonte petit à petit les autres Alizés. Le temps de déposer les VTT sur le bord de la route et nous voilà lancées sur le coastering. Il s’agit de suivre la côte en nageant, marchant dans l’eau puis en escaladant des roches. On termine en trail dans les sous-bois le long de la plage. Nous avons chaud et nous sommes épuisées, mais la vue est sublime et nous pousse en avant : plage de sable blanc, cocotiers et eaux turquoises.

On saute dans le canoë. Je suis au milieu car mon poignet reste fragile. Nos muscles sont endoloris par ces quatre jours d’épreuves mais on ne lâche rien. On crie pour se motiver « Droite, gauche, droite, gauche » Ma gorge se sert et trahit l’émotion qui monte. Je sens la boule dans mon ventre et les larmes au bord des yeux. On va le faire. Ensemble, toutes les trois. La fin est proche. On va franchir la ligne d’arrivée. Droite, gauche, droite, gauche. On lâche le canoë et on court sur la plage, toutes les trois, main dans la main. La ligne d’arrivée est là. Les Alizés nous accueillent avec un tonnerre d’applaudissements et d’encouragements. 

On franchit la ligne ensemble. Nous l’avons fait. Ensemble du début à la fin, nous avons relevé ces challenges du mieux que nous pouvions. La voilà la médaille. La voilà la fin du Raid. Les voilà les larmes sur les joues de Mathilde… Il y a tellement d’émotions sur cette ligne d’arrivée. Des larmes de joie, d’épuisement, de fierté aussi bien sûr. Ces quatre jours étaient fous.  

Nous avons fêté cela le samedi soir, lors de la traditionnelle soirée Blanche au Pierre et Vacances de Sainte Luce. 225 Alizés méconnaissables, vêtues de leurs plus belles tenues immaculés, riant et trinquant toutes la soirée. 

Et les jours d’après…

Avec Mathilde, nous avons prolongé notre séjour Martiniquais jusqu’au mardi afin de profiter un peu des plages de l’ile, de discuter avec des Alizés de tous âges et de tous horizons, de connaitre un peu mieux les membres de l’organisation qui ont formidablement bien géré ce Raid. L’occasion de faire de bien jolies rencontres…

C’est un séjour qui m’a profondément marqué et que je ne suis pas prête d’oublier. Une semaine intense de dépassement de soi, très forte humainement. Je suis tombée amoureuse de la Martinique, de ses habitants charmants et de son décor paradisiaque.

Un immense merci à mes deux petits « Spridekip » à moi, Mathilde et Caro, avec qui je suis si heureuse d’avoir vécu cette belle histoire.

Si l’aventure du Raid des Alizés vous tente, les pré-inscriptions sont ouvertes sur le site 😉

(Merci à toi qui as pris la peine de tout lire jusqu’au bout <3 )

10 commentaires sur « Le Raid des Alizés (compte-rendu) »

  1. Une très belle page écrite pour un séjour avec des haut et des bas , et beaucoup de force et de courage toutes les 3 .
    Beaucoup d émotions, merci de nous le faire partager.

  2. Quel parcourt incroyable ! Les images sont magnifiques, merci pour ton retour d’expérience. vous avez vraiment un mental de guerrière, force à vous et bien joué ! 🙂

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